Il faut que ça change à la direction des TI de la Ville d’Ottawa

Si elle veut être efficace et cyberrésiliente tout en protégeant la confidentialité, la Ville doit réorganiser l’équipe de direction pour qu’elle compte un poste de directeur de la technologie et un poste de directeur de la sécurité de l’information.

Quand il s’agit de maintenir un directeur de la technologie en poste, la Ville d’Ottawa n’a pas de quoi se vanter. On croirait que c’est la chaise musicale : ces 15 dernières années, neuf personnes ont occupé ce poste. Au mieux, elles y sont restées 20 mois en moyenne, ce qui est nettement insuffisant pour se familiariser avec les systèmes, l’équipe et la culture, ou pour mettre en branle leurs idées et leurs projets. Les services de TI de la Ville souffrent donc de problèmes et d’instabilité systémiques.

Pourtant, ce poste est absolument crucial, puisque la personne qui l’occupe est responsable de l’ensemble des systèmes informatiques de la Ville. De plus, elle doit faire rempart à la prolifération des cybermenaces et des problèmes de confidentialité. Cela va sans dire, l’informatique est présente dans tous les volets des activités de la Ville, et par conséquent, rien n’échappe aux menaces de sécurité et de confidentialité. Considérant l’importance de cet enjeu, on serait en droit de s’attendre à avoir un gardien étoile pour protéger le filet.

Ottawa a une longue histoire en matière de technologie, et son expertise dans le domaine n’est plus à prouver. Elle compte des centaines d’entreprises dans ce secteur, et le bassin d’employés talentueux est à la fois impressionnant et croissant. Ses résidents ne veulent pas que la Ville se contente de suivre l’évolution technologique – ils veulent qu’elle la mène. En 2030, dans à peine 11 ans, les deux tiers de la population mondiale habiteront dans des mégapoles intelligentes. Les conséquences profondes du virage numérique sur la vie au quotidien imposent aux administrations municipales de se placer en première ligne de la révolution technologique, si l’on veut que les villes intelligentes de demain soient sûres pour tous.

Que faut-il faire dans l’immédiat? Je crois qu’Ottawa doit concentrer toute son attention sur l’utilisation des technologies et des données dans l’optique d’améliorer la prise de décisions et de rehausser la qualité de vie des résidents. Le Conseil doit en faire une priorité au cours de son mandat actuel. Si nous relevons ce défi, les résidents y gagneront sur une foule de fronts, de la qualité de l’air à la sécurité publique.

Pour ce faire, il nous faut des dirigeants forts et visionnaires, et il faut leur donner assez de pouvoir sans les décharger de toute responsabilité. Nous devons aussi reconnaître la particularité du travail à accomplir.

Actuellement, le directeur de la technologie de la Ville doit :

  • diriger la transformation et la modernisation numériques;
  • veiller à la sécurité des réseaux et des sites et à la confidentialité des données;
  • gérer et faire évoluer les activités quotidiennes liées aux TI.

Ces tâches ne prenant que de l’ampleur avec le temps – tant à Ottawa qu’ailleurs dans le monde –, il est temps de faire bouger les choses. On ne peut s’attendre à ce qu’une seule personne porte ces trois chapeaux avec succès : il faut diviser le travail. Ailleurs au pays, dans les villes, les entreprises et les

organisations à but non lucratif, le rôle du directeur de la technologie a énormément évolué. Si la Ville d’Ottawa veut être efficace et se positionner à l’avant-garde en matière d’innovation des services intelligents tout en demeurant résiliente face aux cyberattaques et en protégeant la confidentialité de ses données, elle se doit de revoir la composition de son équipe de direction pour y ajouter un poste de directeur de la sécurité de l’information.

Ottawa, la Ville, ne peut se permettre d’accuser un retard sur Ottawa, le moteur de l’innovation. Il est temps que l’administration municipale charge son équipe des TI de faire évoluer les procédures pour répondre aux attentes des résidents et, ce qui est peut-être plus important encore, pour consacrer à la sécurité et à la confidentialité des données l’attention qu’elles méritent.

Publié le 18 juin 2019 dans l’Ottawa Citizen